La conférence de M. Danchin (http://www.edb.ups-tlse.fr/groupe3/danchin/danchin.htm ) était très enrichissante avec de nombreuses illustrations à partir de recherches récentes sur les animaux.

Le point essentiel à retenir de la conférence était que l'on avait eu trop tendance par le passé à assimiler hérédité et génétique. Il faut dans la réalité également tenir compte d'une partie épigénétique (faisant l'objet de nombreuses recherches) et culturelle.

Oui, cela nous choque facilement mais les animaux peuvent avoir une culture !

Revenons d'abord à l'épigénétique. On peut comprendre l'épigénétique basiquement comme l'étude de l'expression des gènes.

En gros, vous savez qu'on a dans nos cellules un code ADN, une sorte de « programme ». Ce que vous savez moins est qu'on peut avoir des portions de cet ADN qui sont « masquées » intentionnellement afin que les enzymes qui lisent cet ADN ne lisent pas ces portions « masquées ».

C'est un aspect très important car ce « masquage » (ou « silencing » en anglais) est héritable. Cela se fait par un processus de « méthylation » pour la petite histoire mais on ne développera pas ici.

Un slide de Danchin

M. Danchin a donné l'exemple de rates qui soignaient fortement ou faiblement (artificiellement provoqué) leurs petits.
Les petits devenaient grands et soignaient ensuite de même plus ou moins fortement. Cela se faisait car certaines parties de leur ADN avaient été réduites au silence (mais la programmation « s'occuper des petits » étaient bien là pourtant).

M.Danchin a insisté également sur la transmission de type « culturelle », tant chez les animaux que chez les humains. Le dada de M. Danchin, c'est l'INFORMATION. Il y a partage et transmission d'informations sous de nombreuses formes (interactives entre elles !) et il serait hyper réducteur de ne considérer que la transmission des gènes sur le long terme !

En cela, le darwinisme moderne de base laisse de plus en plus en plus de place à une vue lamarckienne de la biologie. Darwin était postérieur à Lamarck et avait critiqué ce dernier. Certes, la version de Lamarck concernant l'explication de la longueur du cou de la girafe (étirer toujours un peu plus son cou et que cette tendance à l'étirement passe à la génération suivante) n'est pas la bonne mais elle montre qu'il pensait que ce que faisait une génération avait un impact sur le développement des générations suivantes et on commence à le vérifier dans de nombreux cas...

M. Danchin a aussi réalisé récemment une étude sur les mouches très intéressante que je vais résumer. Il a pu vérifier que des mouches femelles copulaient préférentiellement avec les mouches mâles que les autres femelles avaient préférés (alors qu'on avaient manipulé ces premières femelles à copuler avec ces males choisis à l'avance par les chercheurs).

Cela trouve une explication dans le fait que l'imitation des autres permet d'éviter en général bien des « essais-erreurs » inutiles et consommateurs de temps et d'énergie. En bref, le panurgisme n'est pas si stupide que cela la plupart du temps. En termes de gestion du risque global, c'est même une excellente idée !

Cela peut même être plus fort que les préférences « naturelles » ; on peut très bien théoriquement influencer les paons femelles de cette manière pour qu'elles en viennent à préférer les males dont la queue serait la moins ornementée !

Cela a fait un déclic dans ma tête car j'avais le jour même lu un article qui montrait presque la même chose chez les humains ... http://www.time.com/time/health/article/0,8599,1886607,00.html

L'étude a été réalisée par un psychologue américain de renom, Daniel Gilbert. Ce dernier s'est fait particulièrement connaître par le passé grâce à ses recherches sur le bonheur (voir vidéo ci-contre).

Si vous voulez en savoir plus sur comment atteindre le bonheur, son travail est à considérer.

Sa dernière étude, nommée « The Surprising Power of Neighborly Advice » est fort intéressante.

Une expérience de Speed dating est marquante : on soumet à des femmes (étudiantes) des profils d'hommes.

Soit ces profils sont neutres et objectifs autant que possible, soit ils sont le témoignage d'autres femmes.

On vérifie que les femmes préfèrent les hommes qui ont été « bien notés » par les autres femmes.

Le plus étonnant de l'histoire n'est pas cela : les femmes (dans ce contexte mais il en est de même des hommes) préfèrent A POSTERIORI leurs décisions lorsqu'elles ont été influencées par le jugement des autres femmes. Elles sont plus satisfaites de leurs décisions ainsi, après rencontre de l'homme de leurs rêves.

Cela me rappelle une anecdote personnelle au passage.

J'avais un copain qui avait une petite amie. On finit par parler un jour entre elle et moi (mon copain étant absent), de ses goûts et préférences. J'ai appris à ce moment là quelque chose de frappant.

En fait, cette fille que je nomme Y m'a dit qu'elle avait une préférence nette pour les hommes de taille normale et un peu bedonnant (comme son père ...) : elle me vanta les mérites de la graisse abdominale masculine (confort, côté rassurant ...). J'ai eu l'occasion d'entendre ces préférences à plusieurs reprises chez d'autres femmes.

Mon copain était lui sec et assez grand. Il était beau garçon et avait d'autres qualités mais ne correspondait donc pas vraiment au goût de cette fille Y à la base.

Comment étaient-ils arrivés à sortir ensemble alors ?

Elle me l'a avoué avec une franchise déconcertante.

Lors d'une soirée chez lui, il a sorti une photo que je lui avais passé en rentrant de vacances en Espagne (une connaissance à moi que j'avais prise en photo).

Sur la photo donc, on pouvait contempler une charmante danoise blonde comme les blés, sourire « Colgate » et les yeux bleus intenses. La photo avait été prise lorsqu'elle faisait du billard (pose sexy). N'insistez pas : je ne mettrai pas cette photo en ligne !

Dans le délire de la soirée, mon copain s'est pris au jeu de se vanter d'avoir été le petit copain de cette fille « canon » durant les vacances (la photo devait traîner sur son bureau, je suppose et quelqu'un lui a demandé).

Quand Y a vu et entendu cela, elle a eu l'irrépressible envie de devenir la nouvelle petite amie de mon copain et cela s'est passé.
Elle s'est dit (elle me l'a répété) :

Si un canon pareil est sorti avec lui, c'est qu'il vaut le coup !

Certes, ce n'est qu'un exemple isolé mais avec les expériences de Danchin et de Gilbert, cela prend un autre relief. Ce comportement était donc très censé du point de vue biologique.

PS : j'ai aussi posé quelques questions à la fin de la conférence à M. Danchin. Un exemple qui, à mon sens, apportait du grain à moudre pour les arguments de cette conférence était celui de la digestion du lait. Il est étonnant de savoir qu'une majorité de la population mondiale ne digère pas le lait (lactose) : En savoir plus sur Wikipédia (anglais)

Pourquoi ?

Parce que nous, humains, sommes censés boire du lait qu'au sein de notre mère. Quelques années au max donc. Ensuite, cette faculté se perd. Sauf que depuis quelques milliers d'années, certaines peuplades humaines ont élevé des vaches et autres chèvres et bu le lait comme source de protéines et malgré les inconvénients (passage rapidement après aux toilettes... ;-) )
Du coup, il y a eu impact sur les gènes de ces peuplades. Je digère bien mieux le lait que ma compagne, d'origine marocaine, par exemple. Je peux en boire des litres sans trouble tandis qu'elle préférera le lait sans lactose si possible.
Quand la culture influence les gènes ! La digestion du lait : une magnifique preuve de l'Evolution à l'oeuvre.

J'ai aussi évoqué le sujet des dauphins et des éponges (certaines femelles se servent d'éponges pour protéger leur rostre en fouillant le fond et on s'est rendu compte que ces femelles descendaient toutes d'une même « grand-mère » originelle). http://www.abc.net.au/science/news/stories/s1385091.htm

 

A lire aussi : un excellent article qui résume la position de Danchin : http://whyfiles.org/shorties/157eavesdrop/